Le concept de « secte » a son origine dans le milieu religieux-ecclésial, mais connaît depuis peu une extension avec une dimension politico-sociale. Aussi perd-il sa précision scientifique et son caractère non équivoque.On emploie toujours davantage dans le langage commun le terme de secte comme un slogan pour indiquer ces groupes que l’on juge « dangereux », qui transgressent les valeurs fondamentales de la société démocratique libérale.
Aujourd’hui, pour caractériser une secte, les signes distinctifs suivants ont reçu un certain accord commun : la formation de groupes élitistes qui se séparent des réalités sociales et, assez souvent, s’opposent à celles-ci ; la création de formes de vie alternatives qui conduisent souvent à des extrêmes, loin de la réalité, et à des exagérations malsaines. Comme caractéristiques internes d’une secte, à côté de l’effort pour parvenir à un but ou à un idéal spirituel en contradiction avec les conventions communes, on mentionne : le refus de valeurs fondamentales d’aujourd’hui, comme la liberté personnelle et la tolérance, uni à un engagement parfois militant en faveur des attitudes opposées ; un style de vie totalitaire ; la suppression de la conscience des membres ; la mise au ban de ceux qui n’appartiennent pas au groupe ; la tendance à vouloir contrôler la société ou au moins certains de ses secteurs. Quand on rencontre dans un groupe certaines de ces caractéristiques, on parle aussitôt de secte. Pour le langage religieux, qui est plus adéquat (et donc plus précis) pour traiter de ce problème, une secte est un groupe qui s’est détaché des grandes Églises, des Églises populaires. Les sectes conservent souvent des valeurs, des idées religieuses ou des formes de vie appartenant aux communautés ecclésiales dont elles se sont séparées. Mais ces éléments de base sont vécus comme un absolu, sont isolés et se réalisent dans une vie communautaire sévèrement séparée de l’unité originelle et qui vise à sa propre conservation et protection.
En lien avec ces données fondamentales, on peut mentionner les signes distinctifs suivants : des idées religieuses déséquilibrées (par exemple la fin prochaine du monde) ; le refus de toute communication spirituelle avec des personnes qui pensent autrement ; un enthousiasme exagéré dans la présentation et la réalisation de sa propre vision des choses ; un prosélytisme envahissant et une conscience exagérée de sa mission à l’égard d’un monde que l’on méprise ; un absolutisme dans la conception du salut, qui limite la possibilité de parvenir au salut à un nombre déterminé de personnes qui appartiennent au groupe en question. Dans la théologie catholique, une secte se caractérise surtout par l’abandon de la vérité biblique et apostolique commune, par l’abandon de ce qui est au centre de la foi. Aussi, au jugement de I’Église, la secte est-elle toujours liée également à I’hérésie et au schisme. Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la théologie pour reconnaître la contradiction fondamentale du slogan « sectes intra-ecclésiales ».
L’existence présumée de « sectes » a l’intérieur de l’Église comporte indirectement un reproche adressé également au Pape et aux évêques. En effet, ce sont eux qui ont la responsabilité d’examiner les associations ecclésiales, pour voir si leur doctrine et leur pratique sont cohérentes avec la foi de Église. Aussi la non-reconnaissance de la part de l’Autorité ecclésiastique compétente est-elle une partie essentielle de la qualification théologique d’une association comme « secte ». Les sectes se trouvent en dehors de Église (et même en dehors des engagements œcuméniques communs). Les sectes sont isolées et, par la compréhension qu’elles ont d’elles-mêmes, elles refusent un examen de la part de l’Autorité ecclésiastique. Les communautés ecclésiales reconnues sont au contraire en contact continuel avec les responsables dans l’Église. Leurs statuts et leur style de vie sont examinés.
Il est donc inconvenant, de la part de certaines institutions, de personnes ou de medias, d’étiqueter des communautés reconnues par Église comme « sectes », ou même de mettre l’état de vie selon les trois conseils évangéliques en relation avec des « pratiques sectaires ». Selon le droit de I’Église, les fidèles ont le droit de fonder des associations. Il appartient aux évêques et au Saint-Siège d’examiner les communautés nouvelles et les mouvements nouveaux — dans le langage paulinien, on parle aussi de nouveaux charismes — et de reconnaître éventuellement leur authenticité. L’Autorité ecclésiastique a le devoir de promouvoir et de soutenir ce que I’Esprit accomplit dans l’Église. Elle doit aussi intervenir et corriger si l’on constate des développements malsains ou des déviations dans la doctrine et la pratique.
C’est la grande différence d’avec la secte, qui n’a pas et ne reconnaît pas d’instance respective, alors que les groupes ecclésiaux se soumettent consciemment et librement à l’autorité ecclésiastique, toujours prêts et disponibles à accepter d’elle d’éventuelles corrections. Que cela soit vraiment le cas, de nombreux exemples concrets pourraient le montrer. Libero Gerosa résume les critères essentiels des charismes authentiques dans les termes suivants : « Les charismes sont des “grâces spéciales” que l’Esprit Saint distribue librement “parmi les fidèles de tout ordre” et “par lesquelles il les rend aptes et prompts a exercer diverses charges et fonctions, utiles au renouveau de l’Église et au développement de sa construction”. Certains de ces charismes sont “extraordinaires”, d’autres sont au contraire “simples et plus largement répandus”. Mais le jugement sur leur authenticité appartient, sans aucune exception, à “ceux qui président l’Église”, auxquels il revient de ne pas éteindre les charismes authentiques » (2). En tout cas, personne ne devrait se laisser troubler si, dans les medias, des communautés approuvées par Église sont appelées « sectes intra-ecclésiales ». S’il y avait des incertitudes et des questions, il resterait toujours la possibilité de s’informer plus soigneusement auprès des organismes compétents de Église.