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Reproches particuliers

Alors que dans la première partie de cet article nous avons cherché à clarifier, ne serait-ce que rapidement, les concepts de « secte » et de « fondamentalisme », nous prendrons position dans cette seconde partie sur des reproches concrets et particuliers adressés aux nouvelles communautés ecclésiales. Des groupes et des mouvements reconnus par I’Église — telle est notre conclusion — ne peuvent être qualifiés de « sectes », puisque l’approbation ecclésiastique témoigne de leur enracinement dans l’Église. Les reproches faits aux nouveaux charismes, malgré leur reconnaissance de la part de l’Église, sont parfois écrasants. À cet égard, il faut se souvenir que l’on doit distinguer entre la doctrine et la pratique de ces communautés, reconnues par l’Église comme charismes, et les faiblesses des personnes particulières. Nous connaissons tous l’imperfection de l’agir humain. Soulignons donc encore une fois que l’autorité ecclésiastique doit intervenir là où l’on trouve des développements malsains.

Les reproches concrets qui sont avancés sont : le lavage de cerveau, l’isolement et la séparation du monde, l’éloignement des familles, la dépendance à l’égard de figures charismatiques, l’institution de structures propres intra-ecclésiales, la violation des droits de l’homme, le problème des anciens membres. Comment répondre à ces reproches ?

Le lavage de cerveau

Ce terme n’est pas même applicable au changement de la personnalité, que l’on rencontre souvent dans les sectes. Par ce terme, en effet, on désigne des méthodes inhumaines, appliquées par des régimes totalitaires, pour influencer et changer la personnalité de l’homme. Ce terme n’est en aucune manière applicable à la formation des membres de communautés ecclésiales.

En effet, la formation est une transformation voulue librement, qui respecte la dignité humaine, une transformation de toute la personne dans le Christ, qui découle de l’appel engageant de Jésus à se convertir et à croire (cf. Mc 1, 4 et s.). Celui qui suit l’appel de Jésus dans la grâce et la liberté, acquiert une vision croyante de la vie dans toutes ses dimensions.

Dans une de ses Lettres, Paul parle lui aussi de cette transformation quand il affirme : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). Dans la tradition chrétienne, ce processus a reçu le nom de « métanoïa » : conversion de la vie. Ce changement de vie repose sur l’expérience que l’on est appelé par le Dieu vivant à le suivre sur un chemin particulier. La conversion est un processus de vie qui requiert toujours à nouveau la libre décision du chrétien.

C’est le devoir des communautés ecclésiales de s’assurer que la décision de suivre le Christ est une décision libre. Toute une série de directives canoniques veille sur ce point.

L’isolement et la séparation du monde

L’Évangile dit que les chrétiens ne sont pas « de ce monde » (Jn 17, 16) mais accomplissent leur mission « dans le monde » (Jn 17, 18). Séparation du monde, cela ne signifie pas séparation des hommes et de leurs joies, de leurs préoccupations et de leurs besoins, mais séparation du péché. Aussi Jésus prie-t-il pour ses disciples : « Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais » (Jn 17, 15). Si les chrétiens ne font pas certaines choses comme les autres hommes, ou s’ils ne s’adaptent pas parfaitement à la mode, cela ne veut pas dire qu’ils « méprisent » le monde. Ils n’abandonnent que ce qui est en contradiction avec la foi, ou ce qu’ils pensent ne pas être le plus important car ils ont trouvé « le trésor caché dans un champ » (Mt 13, 44). L’union au Christ doit les pousser à ne pas se retirer dans un monde à eux, mais à sanctifier le monde en le transformant dans la vérité, la justice et la charité. Dans une société de médias, où l’Église doit être « une maison de verre », le défi existe aussi d’être transparents, au sens de la première Lettre de Pierre, c’est-à-dire : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Ceci vaut également pour les communautés contemplatives qui vivent derrière les murs de leur monastère et qui, dans la prière et le sacrifice, se consacrent au bien des hommes. En effet, l’Église est d’une part une « société de contradiction » (5) et, d’autre part, une communauté missionnaire au milieu du monde.

À plusieurs reprises, le Concile Vatican II a mis en évidence cet aspect, citant — entre autres —la très ancienne Lettre a Diognète. Dans cet écrit du lle ou IIIe siècle, on souligne que les chrétiens, comme tous les hommes, vivent dans le monde mais que, dans le même temps, ils s’opposent à l’esprit du monde parce qu’ils visent un but qui est au-delà de ce monde. C’est ainsi qu’ils accomplissent leur mission pour le bien du monde.

« En un mot, les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps. L’âme se trouve dans tous les membres du corps et les chrétiens, eux aussi, sont répandus dans toutes les villes du monde. L’âme habite dans le corps, mais ne vient pas du corps. Ainsi les chrétiens habitent-ils dans le monde, mais ils ne sont pas du monde. L’âme invisible est enfermée dans un corps visible. De même, on sait que les chrétiens sont dans le monde, mais le vrai culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair, bien qu’elle n’ait subi aucune injustice, s’acharne avec haine contre l’âme et lui fait la guerre, parce que âme l’empêche de jouir des plaisirs ; ainsi le monde tient lui aussi les chrétiens en haine, bien qu’ils ne lui aient fait aucun mal, mais seulement parce que ceux-ci refusent les plaisirs… Les chrétiens sont comme des pèlerins en voyage au milieu des choses corruptibles, mais ils attendent l’incorruptibilité céleste. L’âme, mortifiée par ce qui touche à la nourriture et à la boisson, devient meilleure. Ainsi les chrétiens eux aussi, exposés aux supplices, augmentent-ils chaque jour en nombre. Dieu les a placés en un lieu si noble qu’il ne leur est pas permis de le déserter »

L’éloignement de la famille et des proches

Le respect et l’attention affectueuse que l’on porte aux parents et à ceux qui nous sont proches sont une partie essentielle du message chrétien. Mais lorsqu’il s’agit de l’appel à le suivre d’une manière particulière, Jésus demande que l’on se détache même de la famille : les Apôtres ont quitté leur famille, leur profession, leur patrie. Cette manière de suivre le Christ se poursuit dans l’histoire jusqu’à nos jours. Certains parents se réjouissent que leur fils ou leur fille ait pris une telle décision. Mais des conflits peuvent naître à cet égard avec les proches : Jésus lui-même en parle (cf. Mt 10, 37).

Laisser partir un enfant n’est pas toujours facile, pas même dans le cas du mariage. Mais, de toute façon, si l’on quitte sa maison à cause de l’appel de Jésus et en pleine liberté, il ne s’agit là aucunement d’une fuite des devoirs familiaux et l’on ne peut critiquer une influence injustifiée de la part d’une communauté. Une seule critique pourrait être opportune, c’est-à-dire si l’on cherchait intentionnellement à rompre avec des proches qui s’engagent eux aussi dans une vie de foi chrétienne. En effet, tout membre de la famille est libre de choisir son chemin de vie. À cet égard aussi, il faut être tolérant, en respectant la décision de la conscience individuelle. Certes, il y a eu dans le passé des situations difficiles, et des conflits existent aujourd’hui encore, par exemple si des communautés exercent une influence sur des mineurs contre la volonté de leurs parents, ou bien si les parents ne comprennent pas ou n’approuvent pas la décision d’un enfant qui veut entrer dans une communauté religieuse. Cependant, si l’on vit la marche à la suite du Christ avec amour, décision et respect chrétien, et si l’on tient compte de la libre décision de chacun, on peut créer un rapport de confiance entre la famille « naturelle » et la famille « spirituelle », avec des effets extrêmement positifs. Bien des hommes peuvent, à partir de leur propre expérience, en apporter le témoignage.

La dépendance a l’égard de figures charismatiques

Il faut distinguer soigneusement les personnes qui utilisent leurs capacités d’une manière égoïste et fausse pour dominer les autres et les rendre dociles, et les personnes vraiment charismatiques, que l’on doit aussi trouver aujourd’hui dans l’Église. Elles se donnent totalement, « dans la chasteté » (2 Co 6, 6), pour l’Église et le bien des hommes.

Dans l’histoire du salut, nous rencontrons à chaque instant de telles figures particulièrement douées. Leur « prototype » est Jésus-Christ lui-même. À son école, d’innombrables hommes et femmes ont trouvé leur chemin de vie et leur bonheur.

Des fondateurs et d’autres hommes charismatiques, comme par exemple saint Benoît ou saint Ignace, sainte Claire ou sainte Angèle de Merici, se sont dépensés pour gagner d’autres hommes au Christ. Dieu les a envoyés comme un don fait à son Église. Avec la liberté des fils de Dieu, ils ont transmis à d’autres la richesse surnaturelle de leur vie et ils se sont toujours soumis à l’autorité ecclésiastique.

Ne devons-nous pas être reconnaissants à Dieu de nous donner, aujourd’hui encore, des personnes aussi remplies de l’Esprit Saint ? Ne devons-nous pas, non seulement conserver les structures qui se sont créées et affermies, mais aussi être ouverts au souffle de l’Esprit Saint, qui est l’« âme » de l’Église ?

La création de structures ecclésiales propres

On soulève souvent l’objection que certains groupes forment « une Église dans l’Église ». Pour éviter ce danger, il faut sans cesse rechercher une relation équilibrée entre les structures ecclésiastiques existantes, surtout la structure paroissiale, et les groupes nouveaux.

Le cardinal Ratzinger affirme à cet égard ; « Malgré tous les changements auxquels on peut s’attendre, la paroisse restera, selon ma conviction, la cellule essentielle de la vie commune… Comme cela se produit presque toujours dans l’histoire, il y aura à côté de la paroisse des mouvements qui, par un charisme particulier, par la personnalité d’un fondateur, maintiendront un chemin spécifiquement spirituel.

Entre la paroisse et le “mouvement”, un échange plus fructueux est nécessaire : le mouvement a besoin d’un lien avec la paroisse pour ne pas devenir sectaire, la paroisse a besoin des mouvements pour ne pas se pétrifier. De nouvelles formes de vie monacale se sont déjà formées au milieu du monde. Si l’on veut bien regarder, on peut trouver aujourd’hui une étonnante multiplicité de formes de vie chrétienne, grâce auxquelles l’Église de demain est déjà très nettement au milieu de nous »

La violation des Droits de I’Homme

Depuis les temps les plus anciens, le cœur de la vie consacrée a été de marcher à la suite du Christ dans le célibat (la virginité), l’obéissance et la pauvreté. Celui qui choisit ce chemin et, après plusieurs années de réflexion et de prière, assume les engagements respectifs, abandonne par une libre décision de sa conscience des droits déterminés : le droit de contracter mariage ; le droit de se déterminer lui-même ; le droit d’administrer en toute indépendance et d’acquérir des biens.

Le Concile enseigne : « Les conseils évangéliques de chasteté vouée à Dieu, de pauvreté et obéissance, étant fondes sur les paroles et les exemples du Seigneur, et ayant la recommandation des Apôtres, des Pères, des Docteurs et des pasteurs de Église, constituent un don divin que l’Église a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve fidèlement » (8).

La décision de mener une telle forme de vie, si elle est prise volontairement, n’est pas en contradiction avec les Droits de l’Homme mais est la réponse à un appel particulier du Christ. Les responsables des diverses communautés sont de toute façon obligés d’apporter leur aide à la disponibilité des membres avec un esprit sincère, et de la faire fructifier dans un esprit de véritable « communion », pour l’édification de l’Église et le bien des hommes.

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